Bien loin des caricatures, la liaison Lyon-Turin ne projette pas seulement de relier Lyon et Turin en TGV. Il s’agit du chaînon manquant d’un corridor ferroviaire allant de Séville à Kiev et qui desservira des villes majeures comme Valence ou Barcelone en Espagne, Turin, Milan et une région comme la Vénétie soit 18% de la population européenne, et 17% du PIB de l’UE.

C’est aussi une chance pour le renouveau du fret ferroviaire et pour organiser le report modal routier polluant fortement les Alpes vers le train.

Face à la majorité, c’est donc un projet écologique et porté par une vision d’avenir que Gérard Collomb a souhaité défendre lors de la dernière séance métropolitaine.

Intervention de Gérard Collomb

Monsieur le Président, Chers collègues,

Le 1er juillet dernier dans une de ses premières interventions, M. Gregory DOUCET annonçait qu’il souhaitait arrêter le TGV Lyon – Turin.

1/ Ce serait là une erreur économique parce qu’on le sait le TGV Lyon – Turin ne se limite pas lier Lyon à Turin.

En contribuant à la mise en réseau de 5000 kms de ligne ferroviaire entre les grandes villes européennes la ligne Lyon – Turin est le chainon manquant d’un corridor ferroviaire allant de Séville à Kiev qui desservira des villes majeures comme Valence ou Barcelone en Espagne, Turin, Milan et une région comme la Vénétie. 

Pour appréhender tout l’intérêt économique d’une telle liaison, il faut savoir qu’elle concernera 18% de la population européenne, et représente 17% du PIB de l’UE. 

Si l’on regarde la France, l’Espagne et l’Italie (33% du PIB européen) cette liaison permettra de renforcer les échanges entre les trois pays, et contribuera à faire émerger – mais je sais que pour vous c’est tabou – un pôle de croissance de l’Europe du Sud susceptible de contrebalancer le poids économique de l’Europe du Nord. 

Pour ne prendre que les seuls échanges commerciaux entre l’Italie et la France ils représentent 79,156 Milliards d’euros, 36,16 Milliards d’exportations françaises et 42,994 Milliards d’importation italienne.

La France est ainsi le deuxième client de l’Italie et son deuxième fournisseur, l’Italie le deuxième client et son 4èmefournisseur juste derrière l’Allemagne.

Échange fort donc de produits marchands mais présence importante aussi d’investisseurs italiens en France, 1600 filiales dans l’hexagone employant 75000 personnes et d’entreprises françaises en Italie. La France est à la 3èmeplace des investissements en Italie avec 64 M d’euros. 

Et il en va de même pour le tourisme. La France est la 1ère destination étrangère des italiens et l’Italie la seconde destination favorite des français.

Les échanges entre les deux pays tant de personnes que de marchandises sont donc extrêmement importants.

2/ Impératif économique, la réalisation du TGV Lyon -Turin est aussi un impératif écologique. 

Du fait de cette importance des échanges, ce sont en effet aujourd’hui des centaines de milliers de véhicules qui traversent et polluent les vallées alpines tout au long de l’année. 

En 2018 786000 poids lourds dans le tunnel de Fréjus, 622000 dans le tunnel du Mont Blanc soit une hausse du trafic de 18,6% pour le tunnel de Fréjus et de 13,3% pour le tunnel du Mont Blanc. Cette hausse représente 46000 poids lourds supplémentaires sur les deux ouvrages en une année, 200000 véhicules supplémentaires entre 2013 et 2018.

Sauf à vouloir que la situation se dégrade davantage, il faut donc opérer un basculement du transport routier vers le transport ferré et profiter du green deal voulu par la commission européenne, de taux d’intérêt particulièrement bas et des plans de relance mis en place dans les deux pays, pour accélérer la réalisation du TGV Lyon Turin, de la section transfrontalière mais aussi des accès côté Italien mais surtout côté français même si des économies doivent être trouvées par rapport au projet initial. 

Réaliser le Lyon- Turin, ce serait aussi libérer Lyon d’une partie des poids lourds en transit vers l’Italie et qui empruntent le grand contournement mais aussi la Rocade Est, voire le Boulevard de ceinture.

Projet écologique, le fret ferroviaire a été largement développé par nos voisins suisses qui y ont investi près de 23 Milliards pour limiter le nombre de camions sur leurs routes et leurs autoroutes. 

Pour cela ils ont mis en service les tunnels du Loetsberg (2013 : 14,6 kms de long) du Gothard (2016 : 57 kms et le 8 septembre dernier ils ont inauguré celui du Ceneri (15,4 kms) réalisant ainsi une autoroute de fret ferroviaire captant le transport de marchandises depuis l’Europe du Nord (Angleterre, Benelux, Allemagne) jusqu’à l’Europe du Sud et évitant donc émission de gaz à effets de serre et pollution des régions traversées. 

Le résultat d’une telle politique a porté ses fruits. La part du transport de marchandises par le fret ferroviaire entre la Suisse et l’Italie a atteint 70 % quand elle n’est que de 8% entre la France et l’Italie.

Les adversaires du TGV Lyon – Turin ne peuvent évidemment dire qu’ils sont contre le fret ferroviaire. Ils évoquent donc la liaison historique entre Aiton et Orbassono en disant qu’il suffirait de mettre cette ligne aux normes. 

C’est oublier que ce tunnel a été ouvert en 1871, (à cette époque on savait voir plus loin que le court terme) qu’il n’a qu’un tube, sans galeries de sécurité, ni de refuges. 

Compte tenu des passages TGV et des liaisons TER Turin – Modane, il ne reste plus que 30 sillons disponibles pour les trains de fret avec une capacité allant de 42 à 62 trains par jour. Il serait donc difficile même avec les améliorations envisagées de prévoir une augmentation forte du fret ferroviaire d’autant plus que malgré deux ou trois motrices par convoi nécessaires du fait de la pente, chaque train ne peut que transporter 426 tonnes en moyenne ce qui donne une capacité théorique annuelle de 4,5 millions de tonnes. En fait compte tenu de l’ensemble de ces difficultés, elle n’en accueille que 3 millions par an. A comparer aux 40 millions de tonnes de marchandises échangées par la route entre la France et l’Italie.

Enfin last but not the least, cette ligne Dijon – Modane passe par Culoz – Ambérieu, Bourg en Bresse, Macon et non à Lyon. Si elle devait se substituer au TGV Lyon – Turin, notre agglomération perdrait sa vocation historique de carrefour européen qui a tout au long des siècles fondé sa prospérité.

Monsieur le Président, parce que nous souhaitons que Lyon reste un centre d’échange au cœur de l’Europe, nous souhaitons savoir si le représentant que nous allons désigner soutiendra bien le projet de TGV Lyon – Turin sinon nous serons au regret de voter contre ce dossier.

Je vous remercie,

Gérard Collomb


Conseil du 5 octobre 2020

Rapport n°2020-0143 : Assemblée générale de l’association Comité pour la liaison européenne transalpine Lyon-Turin – Désignation d’un représentant du Conseil

Intervention de Gérard Collomb

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