Monsieur le Maire, Mesdames, Messieurs les élus, chers collègues,

Nous prenons la parole sur cette délibération pour revenir sur la Marché des Fiertés lyonnaise.

Je serai clair d’emblée : cet évènement ne doit pas devenir le terreau du différentialisme.

Le Collectif Fiertés en lutte, concerné dans cette délibération par une subvention de 2000€, est devenu depuis 2 ans l’association organisatrice de cette belle manifestation dont nous sommes si fiers et que nous avons toujours soutenue.

Si nous pouvons nous réjouir que le 11/06 dernier à Lyon, la Marche des Fiertés a réuni entre 10 000 et 15 000 personnes, nous regrettons amèrement les nouvelles méthodes d’organisation et notamment celle de la non-mixité de son association organisatrice.

La Marche des Fiertés incarnait jusqu’à présent l’universalisme, et il est de notre devoir de le protéger puisque c’est en son nom que toutes les formes de discriminations doivent être rejetées.

Mais son organisation en non-mixité fait de la différence une frontière indépassable, un motif d’exclusion arbitraire dont ont été victimes des organisations et des syndicats qui au quotidien sont engagés dans lutte contre les discriminations.

Ont également été exclu les commerces QUEER qui représentent la diversité et les lieux de vie inclusifs de notre ville.

Le Collectif Fiertés en lutte n’a donc pas la volonté de fédérer les forces vives de lutte contre les discriminations mais plutôt de les diviser, comme si ensemble nous n’étions plus légitimes de défendre les causes des uns et des autres.

Et c’est donc bien sûr cette méthode d’organisation, et j’insiste bien que c’est uniquement sur cette méthode, que nous sommes en profond désaccord.

Car si le combat pour l’égalité et contre le rejet de l’autre, de ce Collectif, est aussi le nôtre, leur méthode d’organisation tend à produire l’inverse.

Pourquoi ?

Premièrement, l’organisation en-non mixité prend le risque de la ségrégation de l’espace public et donc d’entretenir les stigmates.

Deuxièmement, parce qu’il faut combattre avec la plus grande fermeté les discriminations et non les utiliser pour définir des lieux réservés à celles et ceux qui en sont victimes, car cela revient à pratiquer une ségrégation de l’espace public.

Troisièmement, si on refuse aux uns de défiler dans les espaces non-mixtes, alors c’est que de facto nous considérons les autres comme des oppresseurs.

Les défilés en non-mixité se résument donc en un pour tous, tous pour moi.

Voulons-nous réellement d’une ville et d’une société dans lesquelles certaines personnes se voient qualifiées d’office d’oppresseurs en raison de leur couleur de peau, de leur genre ou de leur orientation sexuelle ?

Souhaitons-nous construire une société basée sur la ségrégation ? Où le seul combat que l’on serait légitime de mener serait le nôtre ?

Nous, nous ne pouvons pas nous y résoudre.

Cette perspective nous rappelle de bien sombres périodes de l’histoire humaine où des groupes étaient persécutés en raison de leur confession ou de leur couleur de peau.

En accordant une subvention à une association qui prône, volontairement ou non, la ségrégation de l’espace public, nous renonçons aux valeurs de l’universalisme pour laisser place à ce que la philosophe féministe Elisabeth Badinter appelle à combattre : le différentialisme.

La Marche des Fiertés est le plus beau symbole de la lutte pour l’égalité, la diversité et le vivre ensemble.

Ce noble combat pour tous ne doit pas devenir l’égoïste combat de chacun.

Pour cette raison, nous voterons pour toutes les subventions de la délibération mais contre celle accordée au Collectif Fiertés en Lutte.

Je vous remercie de votre attention.

Intervention de Ludovic Hernandez au Conseil municipal de Lyon du 7 juillet 2022.

Rapport n°2022/1899.

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