Intervention de Delphine Borbon

Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les élus, 

La démocratie locale évolue, cela ne date pas d’aujourd’hui. Depuis les élections municipales de 2014 le nombre de communes mettant en place un budget participatif a considérablement augmenté.

Cela va dans le sens de l’évolution de nos systèmes démocratiques, les collectivités publiques souhaitent de plus en plus encourager les démarches visant à associer les citoyens au processus de décision politique. 

Cela permet de fournir une réponse, un peu floues parfois, à la défiance des citoyens à l’égard des autorités publiques et aussi à la montée de l’abstention électorale selon certains. 

Nous pensons que la participation citoyenne est souhaitable. D’un point de vue pragmatique pour un souci d’information et de savoir d’usage de la part des citoyens, mais aussi d’un point de vue normatif car dans une société démocratique le débat doit être ouvert à tous mais il faut être conscient des conditions particulières et claires de mises en œuvre que cela implique. La démocratie participative est liée à la démocratie représentative, elle ne peut pas s’y substituer, ce n’est pas son sens. 

Pour que la démocratie participative puisse générer l’effet attendu, il est indispensable d’associer voir d’aller chercher, tous ceux qui restent éloignés du dispositif. La démocratie participative ne peut pas être celle de vos seuls militants (ni même celle d’autres militants). 

En effet, force est d’admettre que ce type de fonctionnement profite d’abord aux associations et aux citoyens très organisés politiquement et financièrement et pas aux citoyens les plus modestes et éloignés des politiques locales. 

Il ne faut donc pas ouvrir uniquement le dispositif à tous et accompagner ceux qui le demanderont, mais aller au-devant de tous les publics et les intégrer réellement dans le dispositif. 

Par exemple, le « tout numérique » ne suffit pas, car il ne permet pas l’accès à tous. Il ne s’agit pas de renforcer des mécanismes inégalitaires déjà présents dans nos sociétés. N’ajoutons pas de l’exclusion à l’exclusion. 

Pour ce qui nous concerne à la ville de Lyon, les 25 millions d’euros de la PPI seront consacrés au budget participatif. 25 millions !! 

Rappelez-vous, une de vos promesses était une dotation financière et de gestion aux arrondissements plus importantes. Il n’en est rien !!

La part du budget participatif consacré à chaque arrondissement est plus élevée que le budget dont les arrondissements disposent. 

Une promesse non tenue c’est exactement ce qui éloigne les citoyens de la vie démocratique. 

Derrière le processus qui semble très ouvert, et qui pourrait véritablement l’être, nous nous interrogeons. 

Malgré des critères précis indiqués dans le règlement, il peut exister parfois des filtres ou des limites qui ne portent pas ce nom. Nous ne souhaiterions pas que des choix s’opèrent pour ne sélectionner que les projets qui vous plaisent tant au niveau politique que technique et administratif. 

Vous auriez pu prévoir, une fois les projets retenus, de les proposer et les soumettre aux élus des conseils d’arrondissement et de cette assemblée. Non pas pour les limiter ou les empêcher, mais plutôt pour les intégrer aux politiques menées par ces mêmes élus. Vous avez choisi de ne pas les associer.

Le fait d’avoir exclu du COPIL les élus des mairies du 2e et du 6e arrondissement ne nous rassure pas. 

En fait vous proposez une démocratie participative pas très démocratique ni très participative sauf à faire partie de votre majorité.

Le projet est séduisant, notre groupe est très attaché à l’idée de proximité et de concertation avec les citoyens, mais compte tenu des éléments que je viens de vous exprimer et notamment des manquements en matière de méthode et de fonctionnement démocratique nous nous abstiendrons.

Je vous remercie. 


Conseil de la Ville de Lyon du 27 janvier 2022

Rapport 2022/1457 Adoption du règlement du budget participatif Lyonnais 

Intervention de Delphine Borbon

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