Intervention de Delphine Borbon

Monsieur le Président, Chers collègues, 

Vous nous proposez aujourd’hui d’adopter le nouveau programme d’insertion pour l’emploi 2022-2026 pour lutter contre le chômage de longue durée et l’exclusion du marché du travail de certaines populations fragilisées. Le PMI’e, sous la forme que nous lui connaissons désormais, est une des réalisations concrètes permise par la fusion en 2015 du Département du Rhône et de la COURLY. 

Rapprocher les politiques de développement économique et de l’insertion afin d’améliorer l’efficacité des actions, tout en ayant une vision globale, transversale et cohérente. Nos compétences vont ainsi : 

  • de l’économie au social, 
  • du développement à l’insertion, 
  • de la création de richesse à sa redistribution.

Sur ce premier PMI’e, qui est celui des majorités précédentes, vous avez décidé de mener une démarche saine d’évaluation. Et le bilan, qui en a été fait, est très largement positif !

S’il y a un point qui peut faire l’unanimité et qui a vous grandement inspiré dans l’élaboration du Schéma Public d’Achats Responsables, c’est bien le développement des clauses sociales d’insertion dans les marchés publics. Chacun ici peut saluer et reconnaître le travail sur ces clauses comme un vecteur fort de retour à l’emploi des personnes qui en sont durablement exclues : 

  • 436 342 heures d’insertion réalisées en 2020. 
  • 1 million d’heures sur le territoire tous donneurs confondus 
  • 35 % de bénéficiaires du RSA sur l’ensemble des marchés
  • 32 % des sorties en emploi
  • 32 % de femmes sur tous les marchés confondus, indicateur encourageant, mais encore insuffisant. 
  • Alors oui, tout n’est pas encore parfait. 

Les différents intervenants CLEE, commission locale d’insertion et autres doivent notamment renforcer leur fonctionnement commun. Mais les fondements sont là, le travail exploratoire du mandat précédent vous permettra d’aller plus loin. Pour cela, il faut mettre en place des actions fortes adaptées aux besoins des publics concernés et aux entreprises, mais aussi des actions territorialisées. 

Alors oui, il demeure une réalité persistante de pauvreté et de précarité assez inégales. Pour illustrer mes propos, quelques chiffres à fin septembre 2021 : 

  • 78 630 demandeurs d’emplois en catégorie A dans la métropole de Lyon dont 2 139 dans le 6e arrondissement de Lyon. 
  • 32 267 inscrits depuis plus d’un an dans la Métropole dont 814 dans le 6e
  • 22 254 bénéficiaires du RSA dont 471 dans le 6e arrondissement

On sait que d’autres territoires sont impactés bien plus fortement. Alors, oui, des disparités existent et il faut en tenir compte, tout en mettant en place une stratégie globale d’offres sur toute la Métropole. C’est d’ailleurs un des points relevés par l’évaluation réalisée entre octobre 2018 et juin 2019. 

Pour autant, depuis votre élection, une petite musique se fait entendre : la politique d’attractivité de la Métropole n’aurait pas permis de créer des emplois pour les personnes faiblement qualifiées de notre territoire, mais serait un simple cheval de Troie de l’arrivée de cadres sup’ et de la gentrification de notre Ville.

Vous, vous entendez privilégier l’emploi des personnes déjà sur place en mettant fin à cette attractivité. Mais vous oubliez que dans une économie de marché, ce ne sont pas les pouvoirs publics qui créent de l’emploi, mais les entreprises. Vous oubliez que lorsqu’on fait venir des entreprises du tertiaire, on crée aussi tout un écosystème d’emplois qualifiés ou non. Vous oubliez que lorsqu’on fait venir un grand groupe industriel dans la Vallée de la chimie, ce n’est pas des cols blancs qu’on embauche et qui participent à l’activité productive de notre pays.

Une entreprise, ce n’est pas que des emplois de cadres. Il est vrai que vous avez tendance à l’oublier lorsque vous effectuez des centaines de recrutements à la ville de Lyon et à la Métropole.

Vouloir mettre fin à l’attractivité, sur le fond, c’est un discours d’une violence et d’une hypocrisie incroyable. Car ils sont nombreux, dans vos majorités municipales et métropolitaines à être devenus Lyonnais, par choix, pour être dans une ville attractive, à commencer par le premier des Lyonnais.

Maintenant que vous avez pris possession des lieux, il faudrait empêcher les autres de faire comme vous et de venir s’installer ici.

Nous n’oublierons jamais que votre slogan de campagne, c’était « La Métropole de Lyon pour nous », sous-entendu, pour nous et pas pour les autres.

Alors, de nombreuses actions sont mises en place avec ce PMI’e. Je saluerai ici l’engagement de toutes les personnes impliquées dans les projets, novateurs parfois, qui contribuent au maintien ou à la reprise du lien, souvent fragile, entre les personnes éloignées de l’emploi et la population dite active. 

D’ailleurs, je profite de cette intervention pour vous interroger sur les mesures de soutien psychologique destinées au public en insertion sociale et professionnelle et aux professionnels qui interviennent et qui accompagnent ce public. 

Le dispositif d’urgence déployé à Lyon et Villeurbanne, qui consistait en des permanences téléphoniques s’est arrêté fin 2021. Les difficultés continuent, s’accentuent même manifestement d’après les remontées des associations. Pensez-vous remettre ce dispositif d’écoute au public et d’appuis aux professionnels en place ? Si oui, pensez-vous l’étendre à tout le territoire ? 

Les actions du PMIE 2022-2026 vont devoir répondre à des enjeux prioritaires. Il y a un élément qui manque néanmoins à l’appel dans ce PMI’e, c’est celui d’une fourchette des engagements financiers qui vont être consacrés aux fiches actions sur le mandat. Certaines des actions prévues, notamment le revenu de solidarité jeunesse ne sont possibles que grâce au statut particulier de notre collectivité et sa solidité financière alors que tant d’autres départements sont en difficulté.

L’insertion professionnelle des jeunes est un enjeu majeur, mais reste difficile et les résultats modestes comme l’a rappelé la Cour des Comptes récemment. Il est nécessaire d’investir en proposant des solutions permettant des issues positives pour ne pas faire de ces dispositifs tournés vers la jeunesse des coquilles vides et des gouffres financiers sans efficacité. Car oui, malheureusement, dans le public éloigné de l’emploi, un certain nombre de personnes sont, pour diverses raisons, dans l’impossibilité d’intégrer un parcours et d’imaginer un jour pouvoir reprendre une place dans « les actifs ». Comment prenons-nous en compte ces situations particulières ? 

On constate qu’il y a en parallèle un autre phénomène rencontré ces derniers temps et accentué par la crise sanitaire. La détresse de certaines filières professionnelles qui à cause de la pénurie de personnel se retrouvent à solliciter les pouvoirs publics pour former des personnes. Les entreprises se chargent de l’apprentissage « métier », la charte des 1000 dans ce nouveau programme le prend en compte, mais ne faudrait-il pas aller plus en avant ? 

Notre groupe votera favorablement, mais nous resterons toutefois vigilants. Nous souhaiterions que les résultats de l’évaluation soient communiqués, car les objectifs fixés sont souvent ambitieux et méritent un suivi de notre part. 

Je vous remercie. 

Delphine Borbon


Conseil de la Métropole de Lyon des 24 et 25 janvier 2022 

Dossier N° 2022- 0918 – développement économique, numérique, insertion et emploi – PMI’e -Présentation et adoption du nouveau Programme Métropolitain d’insertion pour l’emploi (PMI’e) 2022-2026

Intervention de Delphine Borbon

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