Intervention de Louis Pelaez

Monsieur le Président,

Sur ce dossier de la rive droite du Rhône, commençons d’abord par nos points d’accord pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté ni aujourd’hui ni dans quelques années : 

Oui, nous sommes tous favorables à une requalification de la rive droite du Rhône. Et pour parodier un certain autocrate contemporain : donc nous sommes favorables à une requalification de la rive droite, je le répète parce des fois avec vous il arrive que même lorsqu’on dit les choses, vous faites comme si on ne les avait pas dits, alors je recommence à cet endroit du film, nous sommes favorables à une requalification de la rive droite, nous sommes favorables à une requalification de la rive droite, voilà je pense que le message à ce stade-là est claire. Et cela afin de poursuivre l’ambition d’une reconquête des fleuves commencée il y a près de 20 ans avec la requalification de la rive gauche et des rives de Saône.

Oui, il faut atténuer voire corriger les stigmates laissés par le passage de véritables autoroutes urbaines en plein centre-ville. C’est là notamment le sens de la requalification extraordinairement réussi de l’avenue Garibaldi que nous avons lancée et de l’ambitieux projet de requalification de la M6/M7 en boulevard urbain. Projet que nous avons porté et qui semble d’ailleurs aujourd’hui au point mort.

Oui, la place de la voiture en ville est amenée à se réduire face à des mobilités plus douces et un repartage de l’espace public. Et je ne vais pas recommencer le petit numéro de tout à l’heure, je ne le répéterai pas trois fois, mais oui nous souhaitons que la part modale de la voiture en ville continue de diminuer. Oui il faut créer un équilibre entres les différentes mobilités, équilibre, un mot qui semble absent de votre vocabulaire, car diminuer la place de la voiture, d’aller vers une utilisation différente de la voiture, avec des voitures qui sont et qui seront de moins en moins polluantes ne veut pas dire déclarer un conflit, une belligérance absurde et inefficace aux automobilistes.

C’est pour toutes ces raisons que nous n’étions pas opposés par principe, de manière dogmatique lorsque vous nous avez fait délibérer sur le principe même de la requalification de la rive droite et que jusqu’à présent nous n’avons pas voté contre.

Seulement voilà, la concertation publique préalable est terminée, la note d’intention du projet s’est clairement affirmée et il apparaît désormais comme une évidence que votre méthode pose problème. Qu’une fois de plus, vous n’avez pas pu vous empêcher, c’est plus fort que vous, cela semble inscrit dans vos gènes politiques, vous foncez dogmatiquement, sans vision globale, sans aucune volonté d’équilibre, de compromis global efficace. Efficace.

Pour s’en rendre compte, il n’y a pas besoin d’aller bien loin : il suffit de lire le bilan de la concertation et notamment sa page 23. Votre projet suscite ainsi de nombreuses craintes concernant le maintien de l’accessibilité de la Presqu’île, notamment pour les professionnels et les riverains.

La question du stationnement revient ainsi systématiquement dans leur discours, avec notamment la proposition de créer des espaces de stationnement sous-terrain pour dégager de l’espace sur la voirie en surface.

Pourtant, cette problématique du stationnement, vous avez choisi de ne pas la traiter. Vous l’occultez même complètement de votre réflexion ! Et pourtant, ne serait-il pas plus efficace pour un espace de voirie apaisée, que les véhicules des riverains soient stockés en sous-sol, et cela dans une zone où les immeubles anciens ne sont pas dotés de parkings. 

  • Ne serait-il pas plus efficace que les habitants qui ont une voiture, et il y aura, que cela vous plaise ou pas, toujours des habitants qui posséderont une voiture, qu’ils puissent la laisser à l’abri en dehors de la voirie pour ne l’utiliser que lorsqu’ils ne peuvent faire autrement, pour partir en week-end, en vacances, pour des rendez-vous lointains, des rendez-vous médicaux, des courses volumineuses ou pour les seniors. Pour les seniors pour qu’ils puissent continuer à être indépendants.
  • Ne serait-il pas plus efficace qu’enfin, enfin ! vous agissiez pour développer de vrais parkings relais efficaces pour permettre aux habitants hors centre-ville, aux habitants de la région qui veulent venir profiter des possibilités que seule une grande ville peut offrir, d’y venir en ayant une solution efficace sans y pénétrer avec leur voiture, qu’ils n’ont pas eu d’autres choix que de prendre pour venir à Lyon. Car oui, tout le monde ne pense pas comme vous et ne souhaite pas voir leur liberté de déplacements brimer. Tout le monde ne souhaite pas revenir en arrière, au siècle dernier ou au siècle avant-dernier.

Et oui, développer les bouchons par volonté politique n’est pas franchement efficace pour lutter contre la pollution. 

Et c’est bien là l’essence de ce qui nous pose problème dans l’actuelle définition du projet : vous vous focalisez sur l’aménagement urbain et paysager des berges, sans prendre en compte les impacts induits sur le reste de la Métropole.

C’est une constante depuis le début du mandat : vous avez une vision stricte et fermée de chacun de vos projets d’aménagement. Vous raisonnez comme si chaque aménagement, chaque morceau de ville était un îlot indépendant et autonome de l’agglomération. 

Vous n’avez pas encore intégré qu’en agissant sur notre Métropole, vous agissez sur un système ouvert, vivant et qui réagit aux modifications qu’on lui impose.

C’est d’ailleurs souligné dans le bilan de la concertation : il y a un manque criant d’une vision globale et cohérente de votre projet pour l’agglomération.

Vous essayez bien de présenter une vision concertée entre les projets de requalification de la rive droite d’apaisement de la Presqu’île, intitulés « Une Presqu’île à vivre ». Je me rappelle que vous aviez aussi présenté un projet d’un quartier de « la Part-Dieu à vivre ». De là à croire que notre Ville était un No man’s land où personne ne voulait vivre avant votre arrivée… C’est assez présomptueux et peu conforme avec la volonté de sobriété que vous affichez. Et puis c’est un peu contradictoire avec le fait que beaucoup d’entre vous sont venus vivre à Lyon parce que c’était une ville, une Métropole agréable à vivre, belle et dynamique.

Travailler de concert sur la rive droite et l’apaisement de la Presqu’île est un minimum, mais cela demeure un périmètre de réflexion très insuffisant. La Presqu’île n’est pas une île et n’a pas vocation à le devenir.

Comment va s’articuler le projet de requalification de la Rive droite du Rhône avec la piétonnisation de la Presqu’île, le développement des Voies lyonnaises et des transports en commun, la montée en puissance de la ZFE et les attentes autour de la logistique urbaine ? 

Dit autrement, et pour répondre à d’autres délibérations à l’ordre du jour du Conseil, comment va réagir notre système de mobilité, nos flux si :

Avec les Voies lyonnaises, vous contraignez la voirie dans le 6e tout en supprimant plusieurs milliers de places de stationnement

Pour ensuite encore contraindre la circulation sur les quais et sur les ponts, notamment le pont Morand bientôt concerné par un encorbellement piéton

Passer la circulation à quatre voies maximum dans les sens sur la rive droite

Tout en éventuellement fermant l’axe ouest-est de la rue Grenette à la circulation  

Et en actant peut-être bientôt avec le projet de Ligne Centre Ouest vers Écully le passage du tunnel de la Croix-Rousse à seule 1 voie pour les voitures ?

Nous n’en savons rien, car chaque projet est pensé en silo. Dans la plupart des cas, il ne semble pas y avoir d’études préalables sur la circulation, aucune étude d’impact. S’il y en a, ces études ne semblent pas prendre en compte les autres projets. Et dans tous les cas, lorsqu’on vous interroge là-dessus, vous refusez de nous les communiquer !

Dans ces conditions, comment voulez-vous lever les inquiétudes légitimes d’une importante partie de la population métropolitaine et de votre opposition ? 

Il n’y a aucune volonté de votre côté de rassurer la population qui se sent complètement prise en étau et dépourvue.  

Moi, je vous le dis : je ne demande qu’à être convaincu. Je ne demande qu’à croire que vos projets vont pouvoir se faire sans créer de tensions et de frictions insupportables pour une partie de la population, sans exclure de nos centres-ville certaines catégories sociales ni créer d’embolie dans les alvéoles de la mobilité métropolitaine.

Alors, soyez en conformité avec vos principes et faites preuve de transparence et de pédagogie : transmettez-nous les études !

La situation est simple : soit ces données existent, vous ne souhaitez pas les transmettre au mépris de ce que vous revendiquez comme votre identité politique et créez de l’anxiété inutile au sein de la population. Soit ces données n’existent pas et vous jouez aux apprentis sorciers de la mobilité.

Il n’est pas normal que vous ne soyez pas capable de nous répondre lorsqu’on vous demande vos prévisions en termes de réduction du trafic automobile. Il n’est pas normal que vous ne soyez pas en mesure de nous présenter un comptage récent des passages de véhicules sur l’axe nord-sud.

Il n’est pas normal que les seuls chiffres de trafic sur l’axe nord-sud que vous présentez datent de 2015. Ces chiffres rappellent d’ailleurs l’importance de la fonction de « transit interne à la Métropole » de la rive droite.

Alors, je sais ce que vous allez me répondre : 

Qu’il faut au maximum 30 min de temps de trajet pour accéder à la Presqu’île par les transports en commun pour un habitant métropolitain sur 2 !

Que presque la moitié du trafic sur l’axe nord-sud concerne des déplacements internes au centre de la Métropole et qu’ils peuvent se reporter vers d’autres modes de transport.  

Je vous réponds que malgré tout, les alternatives à l’axe nord-sud ne sont pas si évidentes. Car parmi les déplacements internes à la Métropole sur l’axe nord-sud, 87 % le sont sur une distance supérieure ou égale à 2 km.

44 % de ces déplacements internes à la Métropole sont même supérieurs à 5 km soit un potentiel allant jusqu’à 28 000 véhicules/jour. Rappelons que 5 km depuis l’axe nord-sud, cela nous renvoie, par exemple, jusque Champagne-au-Mont-D’or, Francheville ou encore Pierre-Bénite. 

Aussi, on ne peut que regretter l’abandon du projet de réfection de la place Louis Pradel. Cela pose aussi la question de l’adéquation de vos ambitions avec les sommes débloquées pour le réaménagement total de la rive gauche : 17 millions d’euros pour la seule place Louis Pradel contre 72 millions pour la totalité de votre projet rive droite.

Enfin, concernant les aspects programmatiques du projet, il nous apparaît indispensable que vous nous présentiez un projet qui ne soit pas une simple redite de ce qui a pu être réalisé sur la rive gauche. 

Pour toutes ces raisons, nous ne pouvons, et avec regret, que voter contre cette délibération, mais je le répète une nouvelle fois, pour autant nous sommes pour une requalification de la rive droite, mais pas de la manière dont vous souhaitez le faire et l’imposer.

Je vous remercie

Louis Pelaez


Conseil Métropolitain des 27 et 28 Juin 2022

N° 2022-1173 – urbanisme, habitat, logement et politique de la ville -Rive droite du Rhône -Approbation du bilan de la concertation -Approbation du programme -Approbation des principes d’une convention de transfert de maîtrise d’ouvrage avec la Ville de Lyon -Individualisation complémentaire d’autorisation de programme

Intervention – Louis PELAEZ

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