Monsieur le Président, 

Comme j’ai eu l’occasion de le dire en commission des finances, je ne suis pas sûr que le rapport envoyé aux conseillers métropolitains puisse vraiment les éclairer sur les futures orientations budgétaires de la métropole de Lyon. 

S’il est en effet très documenté pour ce qui concerne les chiffres à court terme de la croissance mondiale, l’évolution du PIB national, la situation des entreprises dans notre région, il est particulièrement discret sur ce qui pourrait donner une idée précise de la trajectoire financière de la métropole de Lyon dans les prochaines années. 

Tout ce qui est évolution des effectifs et volume de la masse salariale, par exemple, reste nimbé d’incertitudes. Or nous sommes de ceux qui pensent qu’il convient de garder un pilotage de la Métropole extrêmement prudent. 

Certes, l’évolution du PIB en France atteint aujourd’hui des niveaux qu’on n’avait plus connus depuis les 30 glorieuses, mais c’est là le résultat direct des montants engagés par l’État pour soutenir et relancer l’économie française. 

Mais du coup, on est sûr que, dans les prochaines années, il faudra, quel que soit le résultat de l’élection présidentielle, prendre des mesures pour réduire la dette ce qui peut avoir quelques impacts sur les finances des collectivités locales. 

Par ailleurs l’environnement économique mondial, peut ne pas être toujours aussi porteur. On voit que la croissance en Chine connait quelques ratées. Les États-Unis sont, eux, près de la surchauffe et connaissent une inflation qui devrait conduire la FED à augmenter les taux d’intérêt. 

De même la Banque Centrale Européenne n’aura pas toujours, non plus, des politiques aussi accommodantes que celles que nous connaissons aujourd’hui — et je ne parle même pas des goulots d’étranglement qui touchent l’économie mondiale et dont on ne sait combien de temps ils vont durer. 

Le pilotage des finances de la Métropole comme d’ailleurs de toutes les collectivités locales doit donc être particulièrement prudent. D’ailleurs qu’en sera-t-il des effets économiques de la cinquième vague COVID ? 

Pour ce qui est de notre Métropole, si nous avons pu faire face à la crise sanitaire et contribuer à aider nos entreprises (à hauteur de 105 millions d’euros), nos associations, les particuliers les plus fragiles et, dans le même temps, financer le coût des mesures sanitaires liées aux COVID, c’est qu’en 2019, avant le début de la crise, les finances de la Métropole étaient particulièrement saines. 

Il suffit de regarder la progression de l’autofinancement brut. D’un montant 383,9 millions en 2015, première année de fonctionnent de la Métropole, il atteignait 487 millions en 2019 + 104 millions d’euros, soit une augmentation de 25 %. 

Dans le même temps, la dette avait diminué passant de 1840 millions à 1625,2, millions soit une diminution de 219 millions. Cela alors même que nous avions fortement investi. Vous avez vous-même noté dans un précèdent rapport que les investissements du mandat 2015-2020 a été réalisés à hauteur de 3,2 milliards. 

Si nous voulons continuer sur cette voie d’un investissement élevé, être le cas échéant, en mesure de faire face à de nouveaux chocs il faut garder une capacité d’autofinancement forte. 

Nous pensons donc qu’il faut cesser d’envisager de se trouver, en fin de mandat, avec une capacité de remboursement de la dette porté à 9 ou 10 ans alors que nous étions à 3 ans et 3 mois avant le COVID. Car alors en cas de choc externe important nos finances iraient à la catastrophe. 

Nous devons donc développer des politiques capables de continuer de booster nos recettes tout en veillant à avoir une gestion serrée de nos dépenses. 

Pour ce qui est de la dynamique de nos recettes, nous n’avons guère le choix. 

Chacun a conscience que les dotations de l’État n’iront pas en augmentant. Nous ne pourrons pas non plus faire croître de manière considérable nos recettes de gestion. 

L’élément de levier le plus probant, pour continuer à aller de l’avant, repose donc sur nos recettes fiscales, CVAE, CFE, DMTO, elles-mêmes liées à la croissance économique de nos entreprises. Lorsque j’insiste sur la nécessité de continuer à porter une attention prioritaire à notre économie, ce n’est pas une marotte, mais une nécessité absolue, pour réduire le chômage et, dans la foulée d’ailleurs, le nombre des bénéficiaires du RSA. Mais c’est aussi une nécessité absolue pour pouvoir faire progresser les recettes de la métropole et donc avoir la possibilité de mener, à l’avenir, des politiques ambitieuses dans tous les autres domaines. 

Ceci, c’est pour les recettes, mais il faut aussi continuer à gérer au plus près nos dépenses.  

Entre 2015 et 2018, les dépenses de fonctionnement de la Métropole étaient passées de 2245,3 millions à 2271 soit +27, 5 millions. Pour l’année 2021, vous les chiffrez dans les documents que vous nous avez présentés en commission à 2300 millions soit une augmentation de 29 millions sur les seules 3 dernières années. On ne saurait continuer dans cette voie. 

Parmi nos dépenses, l’évolution de la masse salariale est évidemment importante. En 2015 elle se montait au budget principal à 382,5 millions. En 2018, elle n’avait atteint que 391,2 millions, soit une augmentation qui était seulement de 8,5 millions d’euros. Je serais extrêmement heureux de savoir quel est leur montant sur le même périmètre. Car à partir de là, nous avons la création du budget annexe des déchets.

De même pourriez-vous nous indiquer l’évolution du nombre d’équivalents temps plein au cours des dernières années ?

Parce qu’évidemment quand nos dépenses de fonctionnement dérapent, c’est notre autofinancement qui se trouve affecté. Vous nous dites que l’autofinancement brut sera de 400 millions en 2021, je vous rappelais à l’instant qu’il était 494, 9 millions en 2018. Quant à notre dette, elle ne pourrait alors qu’augmenter. Je rappelle là aussi qu’elle au plus bas à 1625,2 millions d’euros en 2018, et qu’elle atteindra, indiquez-vous dans votre rapport, 1700 à 1800 millions en 2021. 

Cela évidemment ne peut qu’impacter nos capacités d’investissement, un investissement d’ailleurs particulièrement faible puisqu’en 2021 il serait de l’ordre de 600 millions d’euros, à comparer aux 713 millions de la dernière année du précédent mandat. 

Nous invitant à regarder nos 3 derniers mandats, vous nous dites que, la première année d’un nouveau mandat, l’investissement est toujours assez peu élevé. Je rappelle que lors de notre premier mandat, il avait fallu relancer l’ensemble des projets parce que, dans les années qui précèdent, Monsieur Raymond Barre avait souhaité que la COURLY rachète le périphérique et donc que beaucoup de projets avaient été arrêtés. 

On constate que dans le deuxième mandat, la première année dépassait de 35 millions, la dernière année du mandat précédent, ce qui prouve qu’il n’y a aucune fatalité d’une première année de mandat. Et pour ce qui est des années 2015-2020, si les 3 premières années avaient connu un investissement plus faible avant d’atteindre les 713 millions lors de la dernière année, c’est pour des raisons toute autres, parce que nous devions relever 3 défis majeurs : la mise en place de la Métropole, le remboursement des emprunts toxiques du département et faire face à la baisse des dotations de l’État. Ce qui amenait évidemment à être prudent sur les dépenses d’investissement. 

Aujourd’hui, vous héritez d’une situation financière excellente, d’une série de projets lancés lors du mandat précédent et qui ne demandaient donc qu’à être menés à terme, ce qui aurait dû faciliter la consommation de crédits de paiement. 

Pour l’avenir, si vous voulez que la Métropole de Lyon continue à se développer il ne vous reste plus qu’à remplir trois conditions : ne pas stopper dans l’agglomération la réalisation de bâtiments dédiés à l’industrie ou au secteur tertiaire, ne pas multiplier les obstacles pour la construction de logements et surtout à ne pas asphyxier cette ville au sens propre, comme au sens figuré par des projets de mobilité hasardeux. 

Monsieur le Président, c’est à vous de fixer ce cap et il doit être aujourd’hui clairement indiqué, car vous connaissez la formule de Sénèque : « il n’est pas de vent favorable pour celui qui ne sait où il va. » 

Gérard Collomb


Conseil de la Métropole de Lyon du 13 et 14 décembre 2021

Dossier N° 2021-0824 – finances, institutions, ressources et organisation territoriale – Débat d’orientations budgétaires 2022 -Tous budgets

Intervention de Gérard Collomb

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