Lettre ouverte

L’instrumentalisation de l’Histoire, avec sa déformation, est un exercice politique dont les dictatures sont expertes. Hélas, réécrire l’Histoire est une tentation auxquelles nos démocraties cèdent de plus en plus. On en voit les effets délétères en Pologne et en Hongrie, États membres de l’Union Européenne, mais où se perpétuent des méthodes de gouvernement héritées du communisme. La France n’y échappe pas, surtout depuis qu’un polémiste fort médiatisé s’emploie à réécrire l’histoire de notre pays dans le contexte d’une société française profondément divisée. De la construction de l’identité nationale au régime dit de Vichy, en passant par l’Affaire Dreyfus, tout semble devoir être réécrit toujours dans l’intention de susciter des polémiques sans fin. On pourrait regarder cela avec mépris si un poison n’était insidieusement répandu, celui du doute universel, et surtout si des responsables politiques, des élus importants ne donnaient pas à leur tour dans une surenchère toujours plus ambiguë. 

L’Histoire n’est pas une science figée, et tout historien sérieux est par définition un révisionniste. Car il est dépendant des documents. La découverte d’un nouveau document peut l’amener à réviser une position, une connaissance. En même temps il y a des faits qui sont clairement établis, qu’il est impossible sous peine de manipulation, de modifier sans apporter des preuves nouvelles. 

Ainsi peut-on affirmer que l’armistice du 22 juin 1940 aurait permis aux juifs de se mettre à l’abri du nazisme ? Où sont les documents qui permettraient d’illustrer une telle affirmation ? Le problème c’est qu’ils n’existent pas. Bien au contraire, nous savons que dès le 3 octobre 1940, moins de quatre mois après la signature de l’armistice, le Statut des Juifs était promulgué, faisant des juifs français des parias, et le lendemain 4 octobre l’internement des juifs étrangers dans des camps était décidé, et le 7 octobre les juifs d’Afrique du Nord étaient déchus de la nationalité française. Un document récemment découvert a révélé le poids personnel du maréchal Pétain pour aggraver le sort des juifs. Curieuse protection que l’armistice aurait apportée aux juifs ! 

Peut-on parler d’ « une pensée commune dans le monde intellectuel qui depuis l’après-guerre, interdit de se poser un certain nombre de questions », sans traiter par le mépris des décennies de travaux historiques fondés sur la rigueur scientifique, issus des universités françaises, américaines, britanniques, canadiennes, allemandes notamment ? Tous ces travaux ont été renforcés depuis les années 1970 par l’ouverture progressive des archives. Ils ont pu évoluer au gré des découvertes de documents, notamment dans les archives allemandes ou soviétiques. Mais les faits sont bien établis, qui montrent la nocivité du régime de l’État français. Si des débats peuvent avoir lieu sur telle ou telle question, par exemple l’influence d’une personnalité, ou la genèse d’une prise de décision, l’essentiel est connu et ne peut être remis en question sans récuser gravement  la rigueur de la recherche historique universitaire. 

Peut-on répondre à certaines questions « moi je ne peux pas répondre », sous-entendant que les faits ne sont pas établis ? C’est semer le doute, c’est troubler volontairement l’opinion publique, c’est introduire le poison du relativisme notamment chez les esprits les plus jeunes. C’est aussi refuser de s’informer. Nous avons la chance de disposer à Lyon d’un Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation internationalement reconnu, qui met à disposition de qui le souhaite une bibliothèque richement dotée et une documentation permettant de répondre à toutes les questions que l’on peut légitimement se poser. 

Sans entrer dans des polémiques personnelles, le Groupe Pour Lyon et le Groupe Inventer la Métropole de Demain entendent appeler les responsables politiques à la retenue vis-à-vis de l’Histoire, d’éviter de répandre le trouble en la réécrivant, chacun à sa manière. 

Le Groupe Pour Lyon et  le Groupe Inventer la Métropole de Demain réitèrent leur entier soutien au projet de Mémorial de la Shoah prévu place Carnot. Ils se réjouissent que la Ville de Lyon s’inscrive dans la continuité en soutenant ce projet dont l’actualité montre l’urgence, mais ils regrettent fortement le retard pris dans sa réalisation du fait de la mauvaise volonté de la Métropole qui ne donne pas les autorisations nécessaires. 

Les élus du Groupe Pour Lyon et  du Groupe Inventer la Métropole de Demain 

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