Intervention de Louis Pelaez

Monsieur le Président, 

Mes chers collègues,

Je souhaitais tout d’abord de vous présenter tous mes vœux pour cette nouvelle année. Une année qui commence une nouvelle fois sous l’ombre menaçante du Covid.

J’ai une pensée pour tous ceux qui ont perdu un proche et ceux qui ont souffert, et qui souffrent encore, des conséquences sociales, économiques et psychiques de cette fichue maladie. Il y a une année exactement, nous débattions dans cet hémicycle de l’état d’urgence et d’extrême précarité dans laquelle se trouvent les étudiants et vous avions alerté pour sonner la mobilisation générale de la Métropole sur ce sujet. Un an après, je ne les oublie pas. 

Cette année 2022, cela n’aura échappé à personne, est également une année électorale :

Dans un contexte d’une société où la défiance est de plus en plus forte, où la tolérance envers toute pensée autre que la sienne est en voie de disparition, où l’expression de la violence contre les élus se fait de manière de plus en décomplexée, et certains de nos collègues peuvent en témoigner,

J’ose espérer que cette année pourra être celle d’un relatif apaisement national

Pour 2022, nous voulons néanmoins croire à un regain d’optimisme, un sursaut notamment démocratique. Nous souhaitons à notre Métropole qu’elle soit plus visible auprès de nos concitoyens, qu’elle prenne enfin la place légitime qui lui appartient dans le débat public et qu’émerge une véritable conscience métropolitaine. Pour cela, notre collectivité a besoin d’incarnation !

C’était bien là le sens de mon propos lors du dernier Conseil vous qualifiant « d’inconnu le plus puissant de France. »

Je sais que ces propos peuvent être perçus comme durs. Cette formule a pourtant trouvé un certain écho, venant mettre des mots sur ce que beaucoup ressentent. 

Les Métropolitains ne connaissent pas leur Président.  Et c’est probablement pour cela, Monsieur le Président, que vous êtes ce mois-ci en pleine page de la couverture du Met, le magazine de la Métropole.  

S’il est usuel que le Président communique dans ce magazine, le voir apparaître en grand format dans toutes les boîtes à lettres de la Métropole et sur l’espace public, c’est tout simplement du jamais-vu !

Depuis la création de Grand Lyon Magazine en 2002, il y a 20 ans, aucun de vos prédécesseurs n’était jamais apparu en couverture du magazine métropolitain ! 

Il est tout à fait ironique que ce soit un parti comme celui des Verts, pourtant fermement engagé contre la personnification du pouvoir et le culte de la personnalité, qui ouvre la voie à ce type de pratique. Mais c’est à l’image de votre gouvernance, où vous cumulez toutes les responsabilités. 

Jamais Gérard COLLOMB ou David KIMELFELD n’auraient osé transformer, comme vous le faites depuis près de deux ans, cet outil de communication institutionnelle en outil de communication politique. Car il suffit de lire les magazines métropolitains depuis votre élection pour comprendre que la ligne éditoriale est passée d’une information sur les politiques métropolitaines au « laudato si » de la doctrine écologiste métropolitaine.

Les dépenses liées aux « catalogues et imprimés » sont d’ailleurs en forte hausse dans le budget que nous allons adopter passant de 1,8 à 4,2 millions d’euros.

Alors oui, faisons connaître davantage notre collectivité, mais que les dépenses métropolitaines ne servent pas à financer la communication politique et le petit livre vert de l’écologisme politique. Car oui, nous ne le répéterons jamais assez, votre pensée relève avant tout de l’écologisme, pas de l’écologie scientifique. 

Notre collectivité finance par ailleurs désormais des sponsos auprès d’influenceurs. Pourquoi pas, après tout ? Nous devons aller chercher les publics concernés par nos politiques, là où ils se trouvent.

Mais l’exercice a souvent un côté assez gênant, toujours à deux doigts de basculer dans la pure et simple communication politique.

Au-delà de votre passion légitime pour l’ASVEL et l’OL, nous avons ainsi appris de votre part, sur un ton enjoué « qu’avec le COVID, la reprise était plutôt calme. Plein des choses sont annulées dont les cérémonies de vœux donc moins de choses obligatoires. »

Nous ne voulons pas croire que la compagnie des maires de la Métropole et des acteurs de la société civile vous fasse tant souffrir que vous vous réjouissez de l’annulation des vœux. 

Non, nous préférons mettre ça sur le compte de la grande difficulté, que nous avons tous connue ici, à garder la forme et les bonnes résolutions de janvier, en enchainant 59 cérémonies à base de petit four et part de galette.

Non, même si vos amis verts tombent régulièrement sur les responsables politiques qui s’essaient à l’art de produire des contenus avec des influenceurs, cela n’est pas critiquable en soi. 

Nous regrettons seulement que votre passage de 25 minutes à la fin d’un live de 3 h n’ait été annoncé comme une opération sponsorisée qu’au tout début de ce live et non pas à votre arrivée, ce qui aurait pu éclairer l’audience arrivée en cours de route sur la nature de l’opération.

Pour 2022, nous souhaitons donc que notre collectivité se fasse connaître, pour montrer l’exemple plutôt que d’être désigné comme un vilain petit canard. 

À ce titre, en 25 années de politique active, jamais je n’avais vu un préfet de région tirer publiquement l’oreille d’un exécutif local face à son incapacité à rendre une copie propre respectant les attendus du Contrat de Plan État-Région.

Un trop grand nombre de projets, aux « intitulés peu éclairants », et sans « priorisation », voilà votre copie. Rappelons que nous avons adopté il y a tout juste un an la Programmation Pluriannuelle des Investissements de la Métropole et que nous n’avons toujours aucune idée des projets qui y sont retenus. C’est juste ubuesque. 

Monsieur le Préfet écrit que nous sommes la seule collectivité à être dans cette situation. Je vous le dis clairement : c’est une véritable honte. Votre gestion n’est pas à la hauteur de la qualité du travail des agents de cette maison. 

On ne joue pas à Guignol sur des dossiers à plusieurs centaines de millions d’euros. Nous savons que vos rapports avec la préfecture sont compliqués avec des divergences qui se sont exprimées sur les mesures sanitaires, sur la question de l’accueil d’urgence des personnes en danger ou sur la ZFE. Mais de grâce, n’ouvrez pas un front de lutte supplémentaire contre la Métropole : entre votre opposition, les maires des 59 communes, le secteur de la promotion immobilière et du bâtiment dans son ensemble, les acteurs de la communication extérieure, du monde de la culture. Tout cela commence à faire beaucoup pour un seul homme.

Pour que les choses avancent sereinement, il faut aussi dire la vérité. Alors, excusez-moi, mais quand vous justifiez votre volonté de réduire la représentation de votre opposition au SYTRAL en expliquant qu’on pourrait être une minorité de blocage, « plus dans la polémique que dans l’intérêt des habitants », vous mentez !

En gardant l’ancien équilibre de représentation, vous aviez encore la majorité absolue avec votre majorité métropolitaine dans le nouveau SYTRAL. La loi ne prévoit qu’un nombre très restreint de cas où la majorité des ¾ est exigée. Parmi ces sujets, un seul est politique : le taux du versement mobilité. Dont chacun connaît votre projet de l’augmenter. Donc quand vous faites croire qu’avec nos petits bras dans l’opposition au SYTRAL, on va bloquer un projet de téléphérique ou de métro, vous mentez !

La vérité, c’est tout simplement que tout cela vous ennuie : les Conseils, le débat démocratique, votre opposition, les représentations officielles de la Métropole. Vous préférez gouverner seul. Et vous avez réussi, vous n’avez même plus besoin de vos camarades de la majorité pour faire la pluie et le beau temps.

Nous souhaitons donc que cette année 2022 soit placée sous le signe de l’honnêteté.

Lors du dernier Conseil, vous avez revendiqué votre étiquette d’élus militants. Je vous alerte sur les dangers de brandir des étiquettes comme des étendards. Les travaux de Julia GALEF l’ont récemment mis en avant : se revendiquer d’une étiquette, c’est bien souvent abandonner toute nuance, tout esprit critique pour se conformer aux stéréotypes attendus de l’étiquette.

Vous avez tout à fait le droit de vous engager, de croire en des causes. Tout simplement parce que l’engagement est le moteur qui anime tous les élus. Vous n’avez pas le monopole de l’engagement. Et vous seriez bien naïfs ou cyniques de penser qu’avant vous et après vous, personne n’a jamais cru en rien et s’engage en politique pour les honneurs et les postes. Moi, je ne vis pas de la politique. Mais il y a une responsabilité qui va avec l’engagement militant. Celle de s’adresser in fine à tout le monde. Pas simplement prêcher les convaincus.

Là où je vous en veux profondément, c’est que vous avez prêché une nouvelle façon de faire de la politique pendant la campagne et vous aviez réellement la possibilité de faire les choses autrement. De passer sur un mode réellement collaboratif avec votre opposition comme cela se fait dans d’autres pays, avec les acteurs de la société civile pour que la transition environnementale et sociale soit perçue comme une chance et non pas comme une contrainte.

Mais ce que vous faites, c’est pire que ce qui n’a jamais été fait. Quand on entend un adjoint de la ville de Lyon dire dans la presse que sur le climat « Il faut aller à la limite de l’acceptable », c’est une honte. Comment espérez-vous enclencher un processus collectif avec ça ?

Le monde dans lequel vous vivez, il est simple. C’est une réalité où vous vous adressez seulement aux 15 % de l’électorat qui a voté pour vous. Une réalité où vous ne vous adressez pas à des citoyens, mais à des segments électoraux. 

Je vous remercie.

Louis Pelaez


Conseil de la Métropole de Lyon des 24 et 25 janvier 2022 

Intervention préalable de Louis Pelaez

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