Après avoir annoncé la création d’un RSA jeunes et mis en scène un «bras de fer» avec le gouvernement, l’exécutif métropolitain nous présente finalement son Revenu Solidarité Jeunesse.

Si le dispositif n’est pas totalement dénué d’intérêt, il n’a rien de la promesse d’un RSA. Il ne répond pas à la promesse affichée d’«aller vers» les jeunes et ne concernera pas les jeunes les moins bien insérés dans notre société.

Alors qu’il aurait fallu travailler avec l’État sur le sujet, l’instrumentalisation de la précarité de la jeunesse dans le but d’en faire un marqueur politique au prisme de la présidentielle de 2022 n’est pas acceptable.

Intervention de Louis Pelaez

Monsieur le Président, chers collègues,

C’est un fait souvent oublié mais la Métropole de Lyon n’est pas que l’héritière de l’ancienne communauté urbaine. Elle est aussi l’émanation des compétences départementales sur le territoire des 59 communes métropolitaines.

Cette situation, unique en France, nous permet d’avoir une cohérence et une vision globale sur nos politiques : 

  • de l’économie au social, 
  • du développement à l’insertion, 
  • de la création de richesse à sa redistribution.

La première étape de création de la collectivité et d’intégration de ses compétences est désormais terminée. Beaucoup reste encore à faire mais cette nouvelle collectivité a déjà permis de développer des dispositifs innovants sous le précédent mandat même si au départ certains de ces dispositifs étaient gouvernementaux comme la garantie jeunes.

Vous souhaitez donc rajouter un dispositif supplémentaire au maquis des dispositifs à destination de la jeunesse : le Revenu de Solidarité Jeunesse. 

Mais qu’est-ce que le RSJ ? Au-delà des contours très brouillons et flous de la délibération présentée par Madame la Vice-Présidente en Commission, il est plus simple de commencer par rappeler ce qu’il n’est pas : le RSJ n’est pas un RSA jeune et encore moins celui que vous avez tellement vendu pendant la campagne électorale.

De ce qui nous a été expliqué, nous comprenons que ce dispositif technique est une forme de garantie jeune plus souple et ouverte, un complément à certains manques de la garantie jeunes.

On reconnaît ici quelques-unes des 29 propositions pour élargir le dispositif de garantie jeune présentes dans le rapport de janvier dernier du Conseil d’orientation des politiques de jeunesse. Rien d’étonnant donc étant donné les liens entre votre cabinet et cette structure. 

Je le répète il ne s’agit bien ici que d’un dispositif de plus, un dispositif technique et non pas ni un RSA jeunes, ni un nouveau droit. 

On s’aperçoit je l’ai dit tout à l’heure non seulement en lisant la délibération brouillon et en ayant écouté la présentation lors de la commission, qu’une fois de plus, vous vous êtes précipité avec la volonté d’aller très vite, trop vite et il n’y a pas besoin de réfléchir très longtemps pour comprendre que c’est uniquement à fin de poser une fois de plus un marqueur politique supplémentaire en vue des élections régionales et présidentielles en vous présentant sous une forme d’opposition forte vis-à-vis de ce gouvernement.

Depuis votre élection, vous mettez en scène un bras de fer supposé avec le Gouvernement à base de rhétorique volontariste et de grandes déclarations du type « Si l’État ne prend pas ses responsabilités avec le RSA jeunes, nous le ferons nous-mêmes ».  Et c’est bien ce qui pose particulièrement problème car sur ce type de dispositif, nous aurions pu travailler avec vous sans difficulté, réfléchir avec vous, travailler concrètement et de manière pragmatique pour être efficace avec vous. 

Nous aurions pu même, je le crois, parvenir à un consensus sur ce type de dispositif mais une nouvelle fois ce n’était pas votre choix. Votre choix est un choix politique, électoraliste et pas celui de rechercher le consensus et l’efficacité. Si nous avions pu travailler ensemble sur ce dispositif technique, nous aurions essayé de lever les réserves que nous avons et de lever les flous sur un certain nombre d’éléments purement techniques. Nous aurions pu essayer de construire une vraie méthode pour, comme vous l’aviez dit pendant votre présentation en commission, évitez les trous dans la raquette des dispositifs existants et faire en sorte qu’il y ait un véritable filet de sécurité pour les jeunes en situation de précarité dans l’attente de les rediriger vers des dispositifs de droit commun.

Nous aurions pu travailler à construire une méthode pour aller vers les jeunes les plus en précarité inconnus des structures d’accompagnement et ne pas principalement concerner que les jeunes qui sont déjà un minimum encordé contre le mur de la précarité car déjà connu des structures d’accompagnement. Nous aurions pu ainsi tenter de faire en sorte de sortir des simples paroles et des bons sentiments dont sont farcis la délibération car comme je l’ai déjà dit en commission cela fait plus de 20 ans même près de 30 ans qu’on parle d’éviter les trous dans la raquette ou qu’on parle d’aller vers les publiques les plus en difficulté sans jamais véritablement y être parvenu suffisamment.

Alors oui si nous avions pu travailler ensemble, normalement, si vous aviez souhaité essayer de tendre vers un consensus, nous aurions pu de manière pragmatique et volontariste pour être efficace travailler sur la méthode absente dans votre délibération, une méthode différente mais une nouvelle fois ce n’était pas votre objectif. Votre objectif était de faire un coup politique en faisant des annonces et en le présentant dans les médias locaux comme nationaux comme un RSA jeunes celui que le gouvernement ne souhaite pas mettre en place et pour lequel vous souhaitez aller à l’affrontement pour les prochaines élections. Cela jusqu’à votre conférence de presse de jeudi dernier où vous avez finalement dévoiler publiquement le terme de RSJ. 

Que cette ambiguïté était délibéré ou non et je pense pour ma part qu’elle a été délibéré, une bonne part du pays pense désormais que la métropole de Lyon va expérimenter le RSA jeunes alors que l’on sait tous ici que ce n’est absolument pas vrai. 

Pour le prix d’une garantie jeune bis, vous vous payer un RSA jeunes dans la tête de nos concitoyens. A part les jeunes concernés, peu de personnes feront la démarche de regarder ce que contient réellement le dispositif et ça vous le savez bien mais à force de communiquer là-dessus pendant la campagne et depuis votre élection vous avez créé une attente chez notre jeunesse. 

Que vont penser les jeunes qui vont s’apercevoir que très très peu de jeunes vont être concernée, que les critères d’éligibilités sont flous et peu lisibles, que sur les 10 millions d’euros, 7 millions sont dédiés aux allocations financières et seulement 3 millions sur l’accompagnement et aux actions spécifiques d’accompagnement à l’insertion, que vont penser les étudiants lorsqu’ils comprendront qu’ils ne sont pas éligibles ? Que ce revenu n’est pas pour eux ? Quand en commission, on nous dit qu’avec ce budget, les étudiants ne sont pas intégrés dans le dispositif. Désillusions et rejet de la parole politique dont vous aurez la responsabilité.

Nous répétons, même si le dispositif n’est pas révolutionnaire dans sa démarche et sa philosophie, il n’est pas totalement dénué d’intérêt pour autant.

Il aurait été pourtant plus clair et surtout plus honnête de présenter ce dispositif pour ce qu’il est : un complément intéressant à la garantie jeune de l’État plutôt que de se servir du sujet de la précarité de la jeunesse pour poser un marqueur politique à destination de l’électorat, avec en ligne de mire les élections régionales et 2022.

Pour toutes ces raisons nous ne cautionnerons pas cette manœuvre politique et ainsi nous ne prendrons pas part au vote car effectivement il n’est pas question pour nous de voter contre et l’abstention ne serait pas une position claire, nous préférons dans ces conditions ne pas prendre part au vote et ne pas participer à ce qui peut ressembler à une mascarade.

Je vous remercie. 

Louis Pelaez


Conseil de la métropole du 15 mars 2021

Dossier n°2021-482 : développement économique, numérique, insertion et emploi – Création d’une nouvelle aide en direction des jeunes en situation de précarité 

Intervention de Louis Pelaez

One Reply to “Le RSA jeunes de la Métropole est une «garantie jeune bis»”

  1. C’est amusant d’entendre les discours idéologique des uns qui étaient ceux des autres dans un autre mandat…
    L’important est qu’une première pierre d’un « revenu universel » soit posée.

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