Monsieur le Président,

Dans le compte-rendu des marchés publics que vous nous présentez, se trouve l’attribution d’une Assistance à Maîtrise d’Ouvrages concernant le développement de la méthode des conversations carbone.

Cette méthode visant à accompagner les changements de pratiques par de la sensibilisation pour réduire les consommations énergétiques n’est pas dénuée d’intérêt.

Si nous ne disposons pas de plus d’informations sur ce marché, nous savons qu’il a été attribué à l’institut négaWatt.

L’institut négaWatt propose une trajectoire du même nom, dite de sobriété énergétique, trajectoire qui est par ailleurs inscrite dans votre programme électoral.

Les principes de la politique d’écorénovation métropolitaine des bâtiments s’en inspirent également depuis le mandat précédent.

Mais s’en inspire seulement. Car dans les faits, notre politique se base plutôt sur une sobriété énergétique reposant sur la conception des bâtiments et l’incitation à la réduction de la consommation. 

Nous sommes donc bien loin du scénario Négawatt national réactualisé en octobre dernier et qui se veut être un contremodèle aux scénarios de transition énergétique et de mix électrique de RTE.  

En effet, le scénario Négawatt prévoit la fin de l’énergie nucléaire et vise une production électrique 100% énergies renouvelables d’ici 2050. 

Cet objectif de 100% d’énergies renouvelables pose d’énormes problématiques et pourrait s’avérer fort peu écologique dans la pratique. 

Mais au-delà de cela, pour que le système tienne le coup, il nous faudrait réduire en plus, la demande en énergie primaire de 65 % alors que la population augmenterait de 15 %.

Selon négaWatt, cette énorme réduction de la consommation devrait venir d’une plus forte efficacité énergétique grâce à l’amélioration de la technologie pour consommer moins et accompagner les changements de comportements. Nous pouvons tout à fait nous retrouver sur ces points-là.

L’essentiel de la réduction devrait néanmoins venir de l’application du principe dit de sobriété énergétique. La sobriété énergétique, vous vous en faites régulièrement l’écho publiquement.

Elle consiste, selon négaWatt, 

  • à privilégier les usages les plus utiles ;
  • à « restreindre les plus extravagants et supprimer les plus nuisibles » 

Qui jugera chez NégaWatt de ce qui est utile ou nuisible ?

Et je me tourne vers notre camarade Pierre-Alain MILLET, qui écrit sur son blog que le scénario NégaWatt « remet en cause nos modes de vie » et appelle de son côté à sortir du capitalisme.

En commission proximité de septembre dernier, vous déclariez même que, je vous cite, « « Est-ce que le scénario négaWatt est le scénario métropolitain ? Je le dis tranquillement. Sur ce scénario négaWatt, M. Guelpa-Bonaro, vous êtes minoritaire au Conseil de la Métropole. »

Qu’en pensez-vous donc ? Nous aimerions vous entendre car nous n’avons pas beaucoup entendu les communistes et les socialistes quand les Verts ont fait adopter une subvention de 150 000 euros pour la CRIIRAD. Cette fameuse association cofondée par une parlementaire EELV bien connue pour ses positions antinucléaires. Avez-vous voté pour cette subvention, par ailleurs ? 

Ainsi, le scénario NégaWatt qui semble inspirer la démarche de votre majorité, ou a minima d’une partie de la majorité, est donc un scénario de décroissance.

Ce concept a par ailleurs été défendu par plusieurs candidats à la primaire des écologistes. 

Si c’est cela votre conviction profonde, alors il faut l’assumer ! Mais je ne pense pas que ce soit votre cas Monsieur le Président, vous n’êtes pas un idéologue. 

Comme l’a démontré mon collègue Christophe GEOURJON tout à l’heure, vous semblez vous satisfaire pleinement des objectifs du plan climat décidés sous le mandat précédent.

Dans les faits, au vu de votre véritable feuille de route, l’inspiration du scénario Négawatt relève plus du symbole que d’une véritable politique publique de contrainte énergétique.

Vous n’en avez de toute façon pas les moyens réglementaires, et heureusement ! 

J’ose espérer, par ailleurs, que les Français ne vous confieront pas les rênes de la politique énergétique de ce pays, au risque de fragiliser grandement notre résilience énergétique et de porter atteinte à l’indépendance nationale de la France.

Une fois tout cela dit, permettez-moi de vous demander : quelle est la réelle ligne politique de cette majorité ? Même si vous n’en avez pas les outils pour l’appliquer concrètement à l’échelle locale, êtes-vous pour ou contre la décroissance ?

Et il ne s’agirait pas de nous répondre avec vos éléments de langage habituel, où vous expliquez que vous êtes pour la croissance, mais celle du bien-être des habitants.

Oui ou non, souhaitez-vous la décroissance économique ?  

Je vous remercie.

Nathalie Frier


Conseil de la Métropole de Lyon du 13 et 14 décembre 2021

Compte-rendu des décisions prises par le Président de la Métropole en matière de marchés publics, accords-cadres et marchés subséquents à des accords-cadres passés entre le 29 juillet 2021 et le 15 octobre 2021

Intervention de Nathalie Frier

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