Intervention de Gérard Collomb

Monsieur le Maire, Chers collègues,
Si je prends la parole sur ce dossier, c’est parce que nous sommes particulièrement
inquiets de l’effondrement de la construction de logements dans la Métropole de Lyon et
sur notre ville en particulier.
Lors d’une conférence de presse tenue en février dernier en présence de Mr Renaud
PAYRE, le Président de la Fédération Française de l’Immobilier, Mr Philippe LAYEC et le
Président du CECIM, Mr Éric VERRAX annonçaient en effet qu’il n’y avait plus à cette
date que 2 855 logements neufs à vendre sur l’agglomération, soit le plus bas chiffre
indicatif depuis 10 ans avec des résultats de l’offre disponible sur l’année 2020 totalement
catastrophiques : 3000 logements mis en vente, contre 4000 l’année précédente.
Conséquence inévitable de cette raréfaction de l’offre, des prix du logement dans
l’agglomération en augmentation de +7% en un an à 5 025€ du mètre carré en moyenne.
Faute de pouvoir se loger dans la Métropole de Lyon, celles et ceux qui cherchent un
logement sont aujourd’hui contraints d’aller hors du Grand Lyon, c’est ainsi que – toujours
selon l’analyse du CECIM – les territoires extérieurs au Grand Lyon ont vu la réservation
de logement neuf augmenter de 14%, asséchant l’offre qui ne comptait plus à la même
date que 1090 logements disponibles, avec là aussi comme résultat une hausse des prix.
Le président du Conseil général du Rhône me confirmait le caractère exponentiel du
phénomène avec des familles de salariés lyonnais venant habiter à 30 ou 40km de Lyon.
Et donc utilisant en majorité leurs voitures pour se rendre à leur travail. La pénurie d’offre
dans l’agglomération aboutissant ainsi à un renforcement des déplacements domicile

travail en total contradiction avec les buts que nous sommes fixés : la réduction des
déplacements en voiture individuelle.
Puis-je rappeler qu’on n’a pas toujours connu une telle situation et que depuis 2001, et
jusqu’à 2017 – période où j’ai exercé les fonctions de Maire et de Président du Grand Lyon

On a beaucoup construit : 163 000 logements depuis 2001 dans la métropole et plus de
50 000 sur Lyon, soit une moyenne de construction de 9 000 logements dans le Grand
Lyon dépassant même les 10 000 entre 2014 et 2017. Avec un nombre de logements
sociaux atteignant chaque année 4 000 logements, soit une construction de logement
social multiplié par 3,5 par rapport à 2001.
Pour la seule Ville de Lyon, c’est chaque année plus de 2700 logements qui étaient
construits en moyenne, 3000 à partir de 2008, et 3500 entre 2014 et 2017 ; parmi lesquels
on comptait 1369 logements sociaux en début du premier mandat, plus de 1700 depuis

Avec une chute dans les dernières années.
Les causes de cette baisse de la construction, on peut certes la mettre au compte de la
révision du PLUH, mais peut-être aurait-on dû trancher plus tôt de manière à réaliser plus
vite.
L’approche des élections municipale ? C’est vrai que beaucoup de maires hésitaient à
donner des permis de construire. Mais il faut dire qu’ils étaient soumis à une pression forte
: la vôtre.
Ah que n’ai-je entendu, et qu’est-ce que j’entends encore sur le « Maire bétonneur »
comme m’a caricaturé votre mouvance. Heureusement celles et ceux qui pouvaient se
loger à Lyon parlaient plutôt de « Maire bâtisseur ».
Quelles qu’en soient les causes, le logement est aujourd’hui dans une situation terrible.
Devant une telle carence si j’avais été à votre place, j’aurais cherché à relancer la
construction. En effet, dans votre programme électoral vous annonciez la réalisation de
6000 logements sociaux par an dans l’agglomération. Il est vrai que vous avez au fur et à
mesure réduit votre ambition en annonçant 6000, mais simplement à la fin du mandat. Et
aujourd’hui vous annoncez 5000.
En fait, ce ne sont pas des constructions de logement supplémentaire puisqu’une grande
partie est réalisée par la préemption d’immeubles existants ou la transformation de
programmes de logements diversifiés en logements exclusivement social. Je crains que
vous ne re-commettiez l’erreur des années 60/70 où l’on a beaucoup construit de
logements sociaux, mais sans se soucier de réaliser une vraie mixité de la population.
On voit les résultats que cela a produit en termes de qualité de vie. Nous avions, nous,
toujours le souci de faire en sorte que dans chaque programme on puisse avoir toutes les
catégories sociales parce qu’il est clair que lorsque l’on abrite uniquement les plus fragiles,
on peine à réaliser un véritable équilibre social.
Pour ce qui nous concerne nous avons toujours pensé que la construction de logement
social devait prendre place dans les projets globaux que nous développions dans un
travail partenarial avec les promoteurs immobiliers et par l’achat en VEFA de logements
sociaux.

Aujourd’hui, nous n’en sommes plus là. Et j’ai peur que la situation du logement ne puisse
guère s’améliorer – et c’est là un euphémisme – avec la politique qui est la vôtre et qui
accroît chaque jour les contraintes pour pouvoir construire.
Il y a d’abord la 3e modification du PLU-H qui certes contient quelques bonnes
orientations, mais des orientations que dans la pratique que vous ne souhaitez pas suivre.
Dans cette modification vous écrivez, par exemple, qu’il faut construire autours des gares,
là où il y a beaucoup de transports en commun. Très bonne orientation ! Le problème c’est
que vous ne la respectez pas. À quel endroit y a-t-il le plus de transports qu’à la Part-Dieu,
et pourtant dans le nouveau projet vous supprimez près de 20 000m3 de logement.
A côté de la gare Jean Macé, près du métro, nous apprenons par la presse, que vous
voulez baisser la constructibilité
Si vous tournez le dos à ce qu’il peut y avoir de bonnes intentions dans la 3e modification
de ce PLUH, par contre vous allez bien mettre en œuvre tout ce qui va renchérir la
constructibilité :
• Surface minimale de pleine terre. C’est à dire comme vous le précisez sans parking situé
sous la végétalisation, sans canalisation souterraine,…
• Utilisation de matériaux renouvelables, géosourcé, biosourcé, recyclables,
• Réemploi des matériaux démolis ou déconstruits avec un éventuel stockage sur le site,
• Récupération des eaux pluviales,
• Diminution des terrains à construire en logement libre sur l’agglomération et sur Lyon par
la mise en place de nouveaux Secteurs de Mixité Social (SMS) qui seront, je cite, des
emplacements réservés pour la seule construction de logements sociaux.
• Création même dans les nouvelles réalisations d’espaces de maraichage de production
de fruits et de petit élevage.
Toute cela va renchérir le coût des logements à Lyon et il n’y aura donc plus que deux
catégories qui pourront habiter à Lyon, celles et ceux qui bénéficient de très haut revenus
et celles qui pourront bénéficier de logement social c’est-à-dire ceux qui ont les revenus
les moins élevés, voire qui vivent d’allocations sociales.
Je ne suis pas sûr que tout cela nous promette dans l’avenir une ville apaisée. Car cela
n’aura qu’un effet obliger – comme je le disais tout à l’heure – les classes moyennes à
partir hors de la Métropole.
Monsieur le Maire, malgré tout cela vous avez décidé qu’à la Métropole ils étaient petits
joueurs. Et aux contraintes métropolitaines vous avez ajouté une nouvelle charte urbaine
qui – si je puis m’exprimer comme un Lyonnais « vaut son pesant de gratons ». En effet, je
ne m’attarde pas sur les grandes phrases vides sans portées concrètes du style c’est le
dernier mandat pour permettre de réduire le réchauffement climatique. Mais dans les
propositions concrètes, c’est-à-dire les 5 objectifs et les 10 priorités que vous vous fixez il
y a de quoi de faire exploser tous les coûts de construction.
J’en cite quelques-uns :
• En cas de démolition totale ou partielle engager, une double démarche d’analyse
patrimoniale et des capacités de réemploi de matériaux.
• Renforcer la trame verte et bleue, comme si nous ne l’avions pas déjà, fait dans une
approche bioclimatique du PLU-H. L’ensemble des strates végétales intermédiaire
(herbacée, arbustive et arborée) en bon état phytosanitaire doit être mise au centre de

toute démarche d’analyse et de conception y compris pour les projets de transformation
et de réhabilitation.
• Établir un diagnostic phytosanitaire et un bilan de la flore ou de la faune préalable à
l’élaboration du projet (inclusion du vivant au cœur de toutes les phases de conception.
• Proposer une approche bioclimatique des formes urbaines et des constructions
permettant une intégration généreuse et pérenne du végétal.
• Recourir à une ventilation naturelle des bâtiments
• Aménager le paysage des îlots construits pour favoriser le développement d’essences
locales, pérennes et adaptés au réchauffement climatique en cohérence avec les
caractéristiques du plan de composition
• Penser le projet dès ces prémices comme une mise en valeur et une protection
maximale de la présence de végétal sur la parcelle.
• Lutter contre l’imperméabilisation des sols par le maintien et le développement
d’espaces de pleine terre
• Gérer à la parcelle les eaux de ruissellement et développer l’agriculture urbaine.
• Garantir pour chaque habitant d’un espace extérieur généreux avec de larges
ouvertures donnant sur l’extérieur avec des surfaces extérieurs communes pour les
bâtiments accueillant les salariés comme pour les logements.
• Avoir une hauteur sous plafond généreuse
• Créer des espaces tampons, des jardins d’hiver, des locaux vélos confortables et
visibles depuis l’extérieur, sécurisé et facilement accessibles.
• Réduire la climatisation d’immeubles,
• Recourir à des matériaux régionaux, géosourcés et biosourcés.
• Assurer une part d’énergie renouvelable.
• Mettre en place une plus forte transparence des processus d’élaboration, avec d’abord
une discussion au niveau des arrondissements puis le passage d’une commission
préalable permettant une expertise collégiale qui inclura éventuellement des habitants.

Monsieur le Maire, mes chers collègues, alors il y aurait-il les béotien que nous serions et
qui ne comprendrait rien aux problèmes du réchauffement climatique, de la pollution de
l’air de nos villes, de la nécessité de conjuguer ville et nature et puis ceux qui porteraient
la nouvelle vérité. Je ne le pense pas.
Question, nouvelles mobilités lorsque nous avons développé le métro, le tramway,
commandé les bus électriques, inventé Navia, installé Bluely, l’autopartage, crée Vélo’v,
nous portions bien une certaine pensée sur les nouvelles mobilités. Lorsque nous ne
souhaitions pas qu’une nouvelle ville s’installe autour de l’aéroport de Saint Exupéry
rejoignant peut à peu l’ouest lyonnais nous ne voulions pas de l’étalement urbain, lorsqu’à
la Confluence nous avons construit un quartier reconnu par WWF réalisé Icary, premier
bâtiment a énergie positive, nous inventions la ville de l’avenir.
Lorsque nous avons décidé dans la même logique d’expérimenter des bâtiments à
ossature bois ou en terre crue, nous portions là aussi de nouvelles manières de réaliser la
ville. Votre conception de l’écologie c’est celle de la régression et de la flagellation et nous
c’est celle de l’innovation du bonheur.

Je vous remercie

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